lundi 23 décembre 2019

Usage des foyers améliorés et préservation des forêts au Cameroun

 Maxime KAMDEMa, Gilles TOUNSIb, Fabrice YODJINc

Avec un taux annuel de déforestation estimé à 0,6%, soit environ 20 000 hectares de forêt dévastés par an (FAO, 2007), et classé parmi les cinq plus grands exportateurs de grumes (Duterme et al, 2008), le Cameroun comme la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, subit avec la plus grande frénésie les foudres de la déforestation et de la dégradation de sa flore. Plusieurs causes directes et indirectes l’expliquent (UICN, 2014 ; Tchatchou et al, 2015) : l’extension des infrastructures (transport, entreprises privées, marchés) ; l’expansion agricole (agriculture permanente, agriculture itinérante, élevage extensif) ; les facteurs démographiques (accroissement naturel, migration, densité de la population) et l’extraction du bois.

L’extraction du bois semble être la principale cause de la déforestation et de la dégradation des forêts, tant en Asie du Sud-Est, en Amérique latine qu’en Afrique (Tchatchou et al, 2015). L’exploitation forestière contribue à plus de 80% à la déforestation et la dégradation forestière en Asie du Sud-Est, à plus de 75 % en Amérique latine, contre environ 32% en Afrique (Kissinger et al. 2012). Plusieurs types d’extraction du bois sont prises en compte dans ce contexte : l’exploitation industrielle; le sciage artisanal; le bois énergie. Le bois énergie prenant en compte le bois de chauffe et le charbon de bois (Miranda et al, 2010).

Le bois de feu et le charbon de bois représentent 90% de tous les prélèvements de bois dans les forêts d’Afrique et un tiers de la production mondiale de bois énergie (FAO, 2011). La dépendance envers le bois énergie est bien plus forte en Afrique subsaharienne que dans n’importe quelle autre région du monde, si bien que dans les 47 pays composant l’Afrique subsaharienne, la majorité de la population rurale et urbaine dépend de la biomasse ligneuse pour satisfaire ses besoins énergétiques, en particulier pour la cuisine (Behrendt et al, 2013). Dans 34 de ces pays, l’énergie issue de la biomasse ligneuse satisfait plus de 70% des besoins énergétiques, et dans 13 pays, cette énergie satisfait plus de 90% de la population (Trefon et al, 2010). Près de 80% des ménages subsahariens comptent sur cette biomasse pour cuisiner et répondre aux besoins énergétiques quotidiens, soit bien plus que dans n’importe quelle autre région du monde (AIE, 2010). En 2006, on estimait que dans les régions rurales, 93% de la population d’Afrique subsaharienne dépendait des ressources en biomasse pour le combustible de cuisson de base, et même dans les zones urbaines, près de 60% des ménages utilisaient la biomasse pour la cuisine (AIE, 2006).

Au Cameroun, le bois énergie demeure la forme d’énergie la plus consommée, représentant à peu près 80% de la consommation totale d’énergie du pays (Ngoufo et Tsalefac, 2006). Dans le secteur résidentiel, 66% des ménages l’utilisent pour les besoins de cuisson (MINEE[1], 2016). Plus de 98% des ménages pauvres, en particulier des zones rurales l’utilisent comme principale source d’énergie de cuisson, à l’aide de foyers traditionnels à trois pierres (PANERP[2], 2005). En plus des aspects environnementaux, l’usage des foyers traditionnels par ces ménages entraîne des coûts supplémentaires pouvant aller du simple au double par rapport aux foyers améliorés et du simple au triple par rapport au charbon de bois utilisé dans un foyer amélioré.

Résultats
Suivant le type de foyer utilisé, la consommation horaire de bois de feu d’un ménage est quatre fois plus élevée sur un FTP que sur un FAB, soit 4,13Kgs de bois par heure de cuisson sur un FTP, contre 1,12Kg sur un FAB. L’utilisation d’un FAB permettrait d’économiser 3Kgs de bois de feu par heure dans un ménage. L’économie de bois consécutive à la substitution d’un FTP par un FAB est de l’ordre de 73%. Ainsi, la consommation annuelle de bois de feu d’un ménage est d’environ 2 261,2Kgs sur un FTP contre 613,2Kgs sur un FAB. La substitution d’un FTP par un FAB conduirait donc à une économie de 1 648Kgs de bois par ménage par an.

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[1] Ministère de l’Eau et de l’Énergie
[2] Plan d’Action National Énergie pour la Réduction de la Pauvreté

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