mercredi 24 novembre 2010
Les compensations financières de l'Etat à l'AES-SONEL peuvent-elles contribuer à la lutte contre la vie chère au Cameroun?
vendredi 23 juillet 2010
La hausse des tarifs de l'électricité au Cameroun est-elle justifiée?
Cette privatisation a été marquée par deux principales innovations en ce qui concerne la basse tension, dont on va précisément s’intéresser dans le cadre de cette réflexion : la configuration de la clientèle et la nouvelle grille tarifaire.
1. L’évolution des grilles tarifaires au Cameroun
C’est à partir de 2003 (deux ans après la privatisation) que l’on a connu au Cameroun la première hausse des tarifs. La grille établie segmente les clients en fonction des usages : usages domestiques, usages professionnels et éclairage public.
Un consommateur appartient à la première catégorie lorsqu’il utilise l’électricité à des fins exclusivement domestiques (éclairage, électro-ménager, etc). Dans la seconde catégorie, il s’agit des consommateurs qui utilisent l’électricité exclusivement pour des activités commerciales, artisanales, et de services, toutes branches confondues (pharmacie, moulin à écraser, restaurant, débits de boissons,…), soit lorsque les activités ci-dessus sont couplées aux usages domestiques. L’éclairage public concerne exclusivement les communes, de 18h30 à 6h00 dans le cadre de l’éclairage des voies publiques.
Avant la privatisation, la structure des tarifs était complexe : 24 prix étaient appliqués en moyenne tension et basse tension, et ceux–ci dépendaient déjà des usages. Les prix de vente dans la catégorie basse tension étaient de 50FCFA pour une consommation inférieure ou égale à 90 kWh et 58,15FCFA au-delà des 90kWh. L’innovation apportée dans la tarification après la privatisation a été l’introduction de la saisonnalité : une saison sèche (1er janvier au 30 juin) et une saison humide (1er juillet au 31 décembre). Le prix du kWh varie donc désormais en fonction de ces saisons.
Pour les usages domestiques, la grille tarifaire est la suivante :

Pour le tarif social, les consommations sont exonérées de TVA et pour les autres, seuls les 110 premiers kWh sont exonérés de TVA.
Pour les usages professionnels, la grille tarifaire est la suivante :

Le tarif appliqué à ce segment se compose de deux termes : un terme fixe appelé prime fixe mensuelle et un terme proportionnel au niveau de consommation et de la durée d’utilisation de la puissance souscrite. Le terme fixe est de 2000FCFA, et le montant total de la prime fixe mensuelle à payer est proportionnel à la puissance souscrite lors de l’abonnement ; si celle-ci est de 2,2 kVA (kilo Volt Ampère), ce montant sera de 4400 FCFA (2000*2,2).
Pour l’éclairage public, les prix de vente de l’électricité aux communes sont de 40FCFA/kWh en saison humide et 46,5FCFA/kWh en saison sèche.
En 2007, une nouvelle grille tarifaire fût mise en place pour les abonnés basse tension, et est marquée par la suppression de la prime fixe et de la tarification par saisons. La principale information de cette nouvelle tarification est l’augmentation de la tranche sociale qui est passée de 50 kWh à 110 kWh.

Ce tableau montre que la suppression de la saison (saison sèche et saison humide) dans la tarification a conduit à un plafonnement des tarifs, qui se situe désormais à 85 FCFA/kWh pour les abonnés utilisant l’électricité à des fins domestiques, et à 92 FCFA/kWh, pour ceux utilisant l’électricité à des fins non domestiques (usage professionnel). Ce plafonnement est connu sous le nom de price-cap, qui a fait son apparition en Grande-Bretagne lors de la privatisation de certaines entreprises de services publics.
Depuis avril 2010, une nouvelle grille tarifaire a été mise en place par l’AES-SONEL, et se présente comme suit :

Cette grille indique à nouveau un plafonnement des tarifs d’électricité, se situant à 95 FCFA/kWh pour les abonnés domestiques et à 96 FCFA/kWh pour les abonnés professionnels.
L'analyse ainsi faite indique qu’en une décennie, l’on a assisté à trois augmentations des tarifs d’électricité. Cette dernière a ainsi marqué le point de discorde entre la tutelle (Ministère de l’Energie et de l’Eau-MINEE), l’Agence de Régulation du Secteur de l’Electricité (ARSEL), et le concessionnaire du service public AES-SONEL. Toutefois, ces augmentations sont elles réellement justifiées ?
2. La hausse des tarifs de l’électricité est–elle réellement justifiée ?
- De veiller aux intérêts des consommateurs et assurer la protection de leurs droits pour ce qui est du prix, de la fourniture et de la qualité de l’énergie électrique;
- De mettre en œuvre, suivre et contrôler le système tarifaire établi, dans le respect des méthodes et procédures fixés par l’Administration chargée de l’électricité (…).
La création de l’Agence de Régulation avait donc pour but de contrôler le repreneur quant aux abus dont les consommateurs pouvaient être victimes, étant donné que la privatisation devait automatiquement s’accompagner d’une augmentation des tarifs de l’électricité.
En parcourant le contrat cadre de concession et de licence en son article 5 (tarifs de vente au détail exclusive), l’on s’aperçoit effectivement que des augmentations sont prévues durant les deux premiers quinquennaux suivant la privatisation, ainsi que les formules de contrôle des tarifs de l’électricité. Ces augmentations sont de l’ordre de 3% pour la première période quinquennale, et de 5% pour la deuxième ; l’ajustement devant se faire sur la base d’une révision d’au moins 10%. La lecture de ce contrat indique donc que les consommateurs devaient faire face à deux augmentations au maximum au bout de dix ans, c’est-à-dire jusqu’en 2011. Cependant, qu’est ce qui peut justifier la troisième augmentation dont on a été victime en avril dernier ?
Pour répondre à cette interrogation, l’on va se référer à l’alinéa 2 de l’article 5 du contrat cadre de concession et de licence, qui stipule que « par dérogation, (…), les formules de contrôle des tarifs, les formules de contrôle des tarifs dérivés ou les formules de contrôle des revenus dérivés pourront être révisés de manière exceptionnelle et à tout moment en cas d’événement imprévisible et extérieur à la volonté de la SONEL ou de l’Agence. (…) A cet effet, la SONEL fera une proposition de révision à l’Agence. La révision de formules de contrôle des tarifs, des formules de contrôle des tarifs dérivés ou des formules de contrôle des revenus dérivés sera effectuée par l’Agence en concertation avec la SONEL. Cette révision pourra s’accompagner, également sur décision de l’Agence, et après consultation de la SONEL, d’une modification des obligations quantitatives et qualitatives de la SONEL (…) »
On constate que cette clause autorise la révision des tarifs de l’électricité à tout moment, à condition que survienne un événement imprévisible. De quel événement imprévisible s’agit-il ? Aucune précision n’est faite à ce niveau dans le contrat, et l’on aimerait bien avoir une liste, fût-elle exhaustive des événements que l’on pourrait caractériser d’imprévisibles selon l’AES-SONEL.
En se référant au dictionnaire français, l’imprévisible renvoie à ce qui ne peut être prévu. Il s’agit en effet d’un événement dont la survenance est inattendue. S’il n’est certes pas aisé de caractériser un tel événement, l’on peut tout de même recenser ceux qui sont jugés normaux ou conventionnels, afin de se faire une idée de ceux que l’on pourrait classer parmi les événements imprévisibles.
Il y a une faille à ce niveau qui donne une marge de manœuvre assez importante à l’AES-SONEL en ce qui concerne les propositions de révision des tarifs auxquelles l’ARSEL ne peut réellement s’opposer. Toute opposition devant entrainer des compensations, comme le précise l’alinéa 3 de l’article 5 : « (…), l’Agence pourra, à titre exceptionnel s’opposer à la révision des tarifs proposés par la SONEL. Dans ce cas, l’Agence, le Ministre chargé du secteur de l’Electricité et le Ministre chargé des Finances détermineront, après consultation de la SONEL, toute forme de compensation appropriée au profit de cette dernière pour compenser son manque à gagner à ce titre. ». Ceci confirme effectivement la marge de manœuvre importante qu’à l’AES-SONEL sur le gouvernement camerounais.
L’augmentation des tarifs de l’électricité a conduit à la diffusion d’un communiqué, sommant l’AES-SONEL de revenir à l’ancienne grille tarifaire. Cette prise de position a marqué une fracture entre le MINEE et l’ARSEL. Cette dernière étant accusée de n’avoir pas respecté l’une des ses obligations contractuelles qui est de préserver les intérêts des consommateurs. L’on a donc assisté à la remise en cause du rôle des uns et des autres. Cependant, l’Agence peut elle réellement s’opposer à l’augmentation des tarifs quand le contrat et le cahier de charges le prévoient ? Nous avons vu ci-dessus que toute opposition ne peut s’accompagner que des mesures compensatoires de la part de l’Etat et après consultation de l’AES-SONEL. Ces mesures ont donc été apportées par l’Etat camerounais, ou alors le seront, pour compenser les manques à gagner de la société. Cette opposition à la hausse des tarifs de l’électricité, par le Ministre de l’Energie, sonne plutôt comme une mesure visant à apaiser les tensions sociales déjà créées au sein des consommateurs.
En somme, on observe que la troisième hausse des tarifs n’est pas une surprise et pourrait ne pas être la dernière sur cette décennie, étant donné que le contrat le prévoit. Toute opposition devant entrainer une compensation de la part du l’Etat. Mais l’Etat aura-t-il les moyens nécessaires pour compenser à chaque fois la hausse des tarifs proposée par le concessionnaire ?
Bien que l’augmentation des tarifs ait constitué le point de discorde entre le MINEE et l’ARSEL, on doit par ailleurs noter qu’elle est bien justifiée et était prévisible d’après l’article 5, al 2 du contrat cadre de concession et de licence.
Les défaillances observées montrent que la privatisation de la SONEL a été mal menée, étant donné que plusieurs clauses sont à l’avantage du repreneur. Tout a donc été biaisé dès le départ et l’on se demande comment tout un Etat s’est laissé emporté et berné par un groupe d’intérêts étranger ? En se focalisant uniquement sur l’article 5 du contrat, l’on pense que sa modification est impérative, afin qu’il ne soit pas uniquement à l’avantage du concessionnaire, cependant l’on devra encore attendre jusqu’en 2021, date butoir de la fin dudit contrat, c'est-à-dire dans dix ans. Gardons espoirs et restons patients.
mardi 20 avril 2010
L'électricité et l'éclairage: y a t-il une différence fondamentale? De quoi a t-on réellement besoin?
- OMD 1: Réduire l'extrême pauvreté et la faim: En milieu rural, l'éclairage par les lampes solaires favorise le développement du petit commerce dans la nuit, étant donné que celui-ci se fait exclusivement en journée;
- OMD 2 : Assurer l'éducation primaire pour tous: ce dispositif facilite l'étude des enfants en soirée;
- OMD 3 :Egalité des sexes et autonomisation des femmes: ce dispositif accroît les chances de jeunes filles d'achever un cycle complet d'études primaires, voire secondaire;
- OMD 4, 5: Réduire la mortalité infantile; Assurer la santé maternelle: Ce dispositif est pratique dans les centres de santé, dispensaires et hôpitaux des zones rurales, pour les consultations infantiles et les accouchements nocturnes, dont certains se font en présence de lampes tempêtes. De plus la mortalité infantile est aussi en partie causée par l'inhalation de la fumée issue de l'utilisation des lampes à pétrole;
- OMD 7: Assurer un environnement durable: les lampes solaires produisent un éclairage propre qui respecte l'environnement, du fait qu'elles n'émettent pas de CO2, contrairement aux lampes à pétrole traditionnelles qui émettent une quantité importante de gaz carbonique, qui est l'un des principaux gaz à effet de serre.
dimanche 21 mars 2010
Déterminants et impacts de la fraude des consommateurs d’électricité au Cameroun
I. Les déterminants de la fraude des consommateurs d’électricité
I.1. La fraude des consommateurs d’électricité : comportement rationnel et pénal
I.2. Les causes de la fraude des consommateurs au Cameroun
II. Impacts de la fraude des consommateurs d’électricité
II.1. Les impacts de la fraude sur les fraudeurs
II.2. Les impacts de la fraude sur les recettes de l’AES-SONEL
A paraître...
vendredi 11 décembre 2009
Energies renouvelables et développement de la région de l'ouest Cameroun
samedi 17 octobre 2009
Le marché de la téléphonie mobile au Cameroun : concurrence déguisée ou monopole concurrentiel ?
Un marché de duopole se caractérise par la présence de deux entreprises qui offrent des biens ou des services satisfaisant le même besoin. Le modèle de concurrence opéré dans ce type de marché peut se faire soit par les quantités offertes par chaque entreprise, soit par les prix proposés aux demandeurs. Le premier modèle est connu sous le nom de duopole à la « Cournot» et le second, de duopole à la « Bertrand » (des noms de ceux qui définissent ces formes d’équilibre). Cournot propose donc une guerre par les quantités et Bertrand, une guerre par les prix. Cependant, il existe une troisième forme, qui n’est pas une concurrence au sens propre du terme : le duopole à la « Stackelberg », qui considère qu’il existe une entreprise « leader » et une autre considérée comme « suiveur ». Le suiveur réagit (c’est à dire offre son produit) en fonction de l’action du leader, qui contrôle une part importante du marché.
L’offre sur le marché de la téléphonie mobile au Cameroun se caractérise par des produits identiques, offerts à tous les consommateurs : il s’agit du téléphone portable et ses accessoires ; d’une puce et des cartes de crédit de communication.
Le phénomène observé depuis quelques années est celui de l’arrivée des « packs », dont l’achat donnait droit à l’offre d’une puce supplémentaire en plus de celle contenue dans ledit téléphone ; ce qui conduisait l’acheteur à détenir deux puces. Cette technique a été proposée par nos deux opérateurs et seul le prix du pack était considéré comme l’indicateur de convergence vers l’un plutôt que chez l’autre. Ceci montre que la guerre par les quantités offertes tourne donc à une bataille au niveau des prix. L’équilibre réalisé ici n’est donc pas celui de Cournot.
Qu’en est-il de la guerre des prix ?
Les coûts de communication ont connu d’énormes mutations depuis l’arrivée des deux opérateurs sur le marché de la téléphonie mobile. De 340 FCFA la minute au début des années 2000, le coût maximal s’élève aujourd’hui à 180 FCFA par minute. Cette baisse serait-elle le résultat d’une guerre ouverte entre MTN et Orange pour retenir l’attention des consommateurs afin d'accroître leurs parts de marché ?
A partir de 2005, des affiches, banderoles et plaques publicitaires inondent la ville, laissant apparaître cette phrase restée célèbre : « fractionner vos minutes en secondes » ; celle-ci fut accompagnée plus tard d’une autre : « parlez dix secondes et payez dix secondes ». Tels sont en quelques mots, résumé la nouveauté apportée par MTN dans la tarification des appels téléphoniques. Ainsi apparaissait pour la première fois au Cameroun la tarification à la seconde, facturée à 5FCFA. Les consommateurs s’apercevaient qu’ils payaient effectivement pour le temps de communication passé, et non plus pour la minute, autrefois indivisible. Toutefois, la minute de communication passée par cette option restait plus coûteuse que la même minute, passée dans les options classiques et dont le coût était estimé à 240 FCFA.
Le même mode de tarification, que l’on pourrait qualifier de ‘‘copie conforme à l’original’’ a été repris quelques mois plus tard par Orange, du fait de la ruée des nouveaux utilisateurs, vers l’opérateur MTN, et des intentions affichées par les non consommateurs relatifs (ceux qui ne disposaient pas encore d’un téléphone, mais qui étaient susceptibles d’acheter un dans l’avenir).
Cette copie conforme par Orange a conduit MTN à revoir le coût d’une seconde d’appel, qui passait de 5FCFA à 3FCFA, pour les appels de MTN à MTN. Une fois de plus quelques mois plus tard, le même tarif fut proposé par Orange pour les appels en direction de son réseau. On peut constater l’existence réelle d’une concurrence par les prix, ou concurrence à la Bertrand. Cependant, l’on peut se permettre de se poser deux questions :
- S’agit-il d’un duopole à la Stackelberg, où il ya un leader qui est MTN et un suiveur qui est Orange ?
- S’agit-il d’une stratégie mise en place par nos deux opérateurs pour montrer qu’il existe bien sur ce marché une concurrence par les prix ?
Pour répondre à la première interrogation, l’on dira que nous ne sommes pas en présence de ce type de duopole, du fait que certaines offres ont été proposées par Orange, et reprises ensuite par MTN, indiquant ainsi que chaque entreprise se comporte à certains moments comme leader et à d’autres comme suiveur. De plus, le nombre d'abonnés déclaré par chaque opérateur (trois millions chacun) indique bien qu'ils se partagent équitablement le marché, et donc pas de leader et de suiveur.
L’Agence de Régulation des Télécommunications (ART) est l’organe en charge de la réglementation dans ce secteur. Elle doit pour cela protéger les consommateurs des abus qu’ils sont susceptibles de subir de la part de MTN et Orange, notamment en ce qui concerne le coût de la communication qui est jugé élevé par une part importante des consommateurs. Bien que les prix aient connu une baisse, l’on s’aperçoit que ceux-ci pourraient encore baisser sans toutefois occasionner des déficits pour nos deux opérateurs. En effet, l’envahissement de nos trottoirs par les « call-box » montre bien que le coût de la communication est élevé, pour toute personne souhaitant passer un appel de son téléphone portable. Comment expliquer que la minute d’appel de son téléphone portable soit deux à trois fois plus coûteuse que la même minute passée à partir d’un call-box ? Qu’est ce qui peut bien expliquer cette différence ? Nous aimerions tous bien avoir des explications sur cet énorme gap. Si les opérateurs qui octroient des lignes de téléphones pour call-box ne sont pas en mesure de nous donner des arguments convaincants sur cette différence de tarifs, alors l’ART peut tout de même le faire. Puisque l’Agence ne le fait pas, alors on peut conclure qu’elle encourage cette concurrence déguisée et contribue à la constitution d’un monopole sur le marché de la téléphonie mobile. En effet, s’il est possible de communiquer à 75FCFA ou 65FCFA par minute à partir d'un call box, alors cela est aussi possible à partir de son téléphone portable. Pourquoi créer la ruée vers les call-box alors que chaque utilisateur pourrait passer des appels à partir de son téléphone? Nous attendons vivement des explications de l’ART, car elle représente l’organe de défense des intérêts des consommateurs.
L’arrivée du troisième opérateur CAMTEL
Bien qu’opérant dans la téléphonie fixe, l’on a pu observer que cette entreprise s’est aussi lancée dans la téléphonie mobile, dont on dit être « fixe mobile », c’est-à-dire un téléphone qui n’est ni fixe ni mobile ou alors en même temps fixe et mobile, selon l’appréhension de chacun. Le plus important est que l’on constate qu’elle livre une concurrence par les prix avec les deux opérateurs « historiques » que sont MTN et Orange. En effet, le faible coût de la minute de communication montre bien que les tarifs pourraient aussi connaitre une baisse chez les deux autres opérateurs, même si ce coût réduit peut s’expliquer par les infrastructures que dispose la CAMTEL, du fait de son statut d’ex entreprise publique, qui bénéficie des installations de l’Etat. Toutefois cet argument n’est pas suffisant pour expliquer ces faibles coûts de communication, lorsqu’on constate que MTN et Orange permettent de communiquer à des coûts identiques, à partir des call-box.
En somme, on peut dire que l’adoption et la vulgarisation du téléphone portable a permis de faire passer son taux de possession de 7,6% à 44,9% entre 2001 et 2007, soit de 19,9% à 81,4% en milieu urbain, et de 1% à 23,4% en milieu rural sur la même période (sources : ECAM1 et ECAM2). Cependant, l’on note l’existence de deux opérateurs en concurrence dans ce secteur : MTN-Orange et CAMTEL. Les deux premières ne diffèrent que par leurs raisons sociales et mènent une concurrence déguisée entretenue par l’ART, qui a favorisé la constitution de ce monopole. L’arrivée de la CAMTEL dans ce secteur a aussi renforcé la fusion de ces deux entreprises, qui se sont associées pour mieux combattre l’ « ennemi ».
vendredi 14 août 2009
La contribution de l'énergie à la réduction de la pauvreté en milieu rural au Cameroun
samedi 4 juillet 2009
La pauvreté énergétique: qu'est ce que c'est?
Alors que la pauvreté énergétique est évaluée dans les pays développés pour les ménages qui disposent de l’électricité, celle-ci est définie au Cameroun en fonction du manque d’accès des ménages à cette source d’énergie. Selon cette dernière, sont considérés comme pauvres sur le plan énergétique, les ménages qui n’ont pas accès à l’électricité. La première approche quant à elle fait intervenir le seuil de pauvreté énergétique, qui correspond au montant des dépenses affecté à l’énergie, en-dessous duquel un ménage sera considéré comme non pauvre sur le plan énergétique. Selon la définition officielle en vigueur au Royaume Uni, sont considérés en situation de pauvreté énergétique les ménages qui doivent utiliser plus de 10% de leur revenu pour couvrir leurs dépenses énergétiques (DEFRA et DTI, 2001).
Tout d’abord, la prise en compte du revenu dans la définition de la pauvreté permet de la représenter à travers un seuil ou ‘‘ligne de pauvreté’’, qui peut être absolue ou relative La ligne de pauvreté relative est définie par rapport à la distribution générale des revenus ou de la consommation dans un pays. La ligne de pauvreté absolue est quant à elle ‘‘associée à certaines normes absolues sur les éléments dont les ménages doivent disposer pour couvrir leurs besoins fondamentaux (COUDOUEL et al., 2002). Elle est souvent fondée sur des estimations du coût de certaines denrées de base, par exemple le coût d’un panier de biens nutritionnels.
La définition de la pauvreté énergétique pourrait donc être représentée sur un graphique semblable à celui ci-dessous, où tous les ménages situés au-dessus de la ligne sont considérés comme pauvres sur le plan énergétique.
Le niveau de la consommation énergétique entre dans la définition de la pauvreté énergétique au Royaume Uni, puisque celle-ci s’appuie sur les dépenses énergétiques que les consommateurs «doivent» effectuer. Tout d’abord, certains ménages peuvent affecter moins de 10% de leurs revenus à leur consommation énergétique alors qu’ils devraient consommer plus pour maintenir la température de leur logement à un niveau suffisamment élevé. Ces consommateurs rationnent leur consommation énergétique et il faut donc les inclure dans les populations en situation de pauvreté énergétique.
Ensuite, d’autres consommateurs peuvent dépenser plus de 10% de leurs revenus pour leur consommation énergétique sans pour autant «devoir» réaliser ces dépenses. Ces consommateurs présentent une surconsommation d’énergie, qui peut avoir différentes origines telles qu’un gaspillage, une mauvaise efficacité énergétique de leur logement, etc. Enfin, définir la pauvreté énergétique à partir du budget des ménages consacré aux dépenses énergétiques soulève la question du seuil de pauvreté énergétique.
DEFRA et DTI (2001), The UK fuel poverty strategy, DTI, London
DUBOIS, U. (2007), ‘‘La pauvreté énergétique : quelles définitions ? Comment la mesurer ? ADIS - GRJM, Université de Paris Sud 11, Version préliminaire.
GORDON. D. (2002), ‘‘Predicting fuel poverty at small area level’’, Rapport, University of Bristol, Townsend Centre for International Poverty Research
vendredi 5 juin 2009
Le secteur de l'énergie au Cameroun: organisation institutionnelle et ressources énergétiques
Il s'agit précisément de la biomasse, les produits pétroliers, l’électricité et les énergies renouvelables.
Le bois de feu et autres biomasses
La consommation de ce type d’énergie était estimée en 1987/1988, à 18,61% en zone urbaine contre 81,39% en zone rurale. L’évolution de la consommation est la suivante :
Les produits pétroliers
Ils sont constitués du gaz de raffinerie, du butane, du pétrole lampant, de l’essence, du super, du gasoil, etc. L’on s’intéressera dans le cadre de cette étude à deux de ces produits, à savoir le gaz domestique (gaz butane) et le pétrole lampant.
La consommation totale des produits pétroliers s’élevait à 807,46 KTEP en 1987/1988 et devrait se situer entre 1035,65 KTEP et 2099,54 KTEP en 2010. Le gaz domestique et le pétrole lampant représentaient respectivement pour la même année, 2,46% et 11,61% de cette consommation. Selon le milieu de vie en 2005, 92% de personnes consomment le pétrole lampant en zone rurale et 76,9% en zone urbaine. Par contre, 3,3% consomment le gaz domestique en milieu rural, contre 45,9% en milieu urbain.
L’électricité et les énergies renouvelables
En ce qui concerne l’électricité, le potentiel hydroélectrique est estimé à environ 20 000MW, soit plus de 115 milliards de kWh que le pays pourrait produire chaque année si ces ressources étaient mises en valeur. Les équipements de production sont hydrauliques et thermiques, et la puissance totale installée est d’environ 928MW, dont 723MW pour les trois centrales hydrauliques et 205MW pour les 39 centrales thermiques. Les prévisions situent cette puissance entre 1734MW et 2254MW en 2010[3]. Les trois principales centrales hydrauliques (Mapé, Mbakaou et Bamendjin) ont une capacité totale de 7600 millions de mètres cubes. La production est essentiellement assurée par AES-SONEL et s’élevait à 3919GWh en 2004. Les prévisions la situent entre 6125GWh et 9505GWh en 2010[4], et entre 7091GWh et 17174GWh en 2015[5].
Le réseau de transport est constitué des lignes Haute Tension (HT), Moyenne Tension (MT) et Basse Tension (BT). Le tableau ci-dessous présente la répartition des lignes, le nombre d’abonnés et les quantités d’énergie électrique vendues aux consommateurs :
Les énergies renouvelables sont pour la plupart celles qui permettent d’obtenir l’électricité ; on peut classer dans cette catégorie, l’énergie solaire photovoltaïque (électricité à usages domestique ou professionnel, produite à partir de la lumière, à l’aide des panneaux solaires), l’énergie solaire thermique (production de chaleur, par conversion de l’énergie contenue dans le rayonnement solaire), l’énergie éolienne (électricité produite à partir du vent) et l’énergie géothermique (énergie issue de la chaleur du sous sol). Ces deux dernières sources d’énergies ne sont pas encore exploitées au Cameroun, bien que les régions du Nord et de l’Extrême Nord présentent des sites favorables pour le développement de l’énergie éolienne, notamment les villes de Maroua et Kaélé.
[2] Ces résultats ont été obtenus après les ECAM I et II, et l’enquête GPL.[3] Ces prévisions ont été établies lors de la réalisation du Plan Energétique National de 1990. Elles sont calculées suivant trois hypothèses (Scénarios A, B et C) :
- Scénario A : croissance économique très faible avec échec du Programme d’Ajustement Structurel ;
- Scénario B : croissance modérée et réussite du Plan d’Ajustement Structurel ;
- Scénario C : Réussite du Plan d’Ajustement Structurel et environnement économique international favorable.[4] Ces prévisions sont faites suivant les scénarios ci-dessus.[5]Ces estimations sont faites sur la base du Plan de Développement du Secteur de l’Electricité 2030 (PDSE-2030).
vendredi 8 mai 2009
Energie et OMD au Cameroun
Afin d’accorder une place de choix aux services énergétiques dans les stratégies de réduction de la pauvreté, quatre aspects positifs liés à la volonté politique des Etats et de la communauté internationale ont été relevés (COVINDASSAMY, 2003) :
La relation ‘‘énergie et OMD’’ au Cameroun sera analysée à travers les huit objectifs; un accent particulier sera mis sur l’énergie électrique.
OMD 2 : Assurer l’éducation primaire pour tous


OMD 3 : Promouvoir l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes
Les services énergétiques favorisent une plus grande éducation des filles qui peuvent se libérer des corvées domestiques (recherche du bois en forêt, approvisionnement en eau, etc.) ; ils réduisent le temps de cuisson au bois de feu et diminuent les effets des fumées inhalées ; ils permettent enfin de multiplier les activités génératrices de revenus par les femmes. L’objectif visé en termes d’éducation au Cameroun était d’éliminer les disparités entre les sexes dans les enseignements primaires et secondaires en 2005, et si possible à tous les niveaux d’ici à 2015. Sur le plan de la cuisson (98,7% des ménages pauvres utilisent le bois de chauffe comme seule énergie de cuisson), l’objectif est de permettre aux populations utilisant la biomasse traditionnelle pour leurs besoins de cuisson, d’avoir accès aux foyers améliorés ou au GPL pour réduire l’usage du bois de chauffe. A cet effet, 10 000 foyers améliorés et 258 000 bouteilles de gaz de 12,5 Kg devront être à la disposition des ménages, afin de permettre à 30% des populations vivant en milieu rural, et 60% vivant en zones pauvres périurbaines de réduire l’usage du bois de feu. En ce qui concerne l’accroissement des revenus, 25% des populations rurales doivent avoir accès à un service énergétique fiable et moderne pour satisfaire aux besoins essentiels tels que l’éclairage, la communication ou les petites activités productives.
OMD 4 : Réduire la mortalité infantile
Les services énergétiques favorisent l’hygiène de la mère et de l’enfant, ainsi que l’efficacité des services de santé de proximité pour les enfants de jeune âge, permettent la conservation des vaccins et des médicaments, et empêchent aux enfants de respirer la fumée provenant de l’utilisation du bois de feu ou des lampes à pétrole. Il est question de réduire de 40% d’ici à 2015, le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans. Ceci nécessite d’une part, l’accroissement de l’utilisation des sources d’énergie modernes par les ménages ruraux (électricité et gaz domestique), et de l’approvisionnement en énergie dans les structures hospitalières. Etant donné que 68% des centres de santé ruraux n’ont pas accès à l’électricité, l’objectif visé est de porter le taux de desserte de 100% dans les structures existantes recensées en 2004, soit 923 centres de santé intégrés.
OMD 5 : Améliorer la santé maternelle
Les services énergétiques améliorent la santé maternelle en favorisant une meilleure couverture vaccinale (conservation des vaccins à proximité des populations) ; ils améliorent les conditions d’accouchement par l’éclairage des salles et l’usage des appareils modernes ; ils favorisent l’affectation des spécialistes dans les zones rurales et améliorent les conditions de travail dans les centres de santé. L’objectif est de réduire d’environ 20% le taux de mortalité maternelle.
OMD 6 : Combattre le VIH/SIDA, le paludisme et d’autres maladies
L’objectif est de stopper la propagation du VIH/SIDA, afin de ramener le taux de prévalence à 9%, de maîtriser le paludisme et d’autres maladies de manière à inverser la tendance actuelle. Les services énergétiques (électricité notamment) favorisent la sensibilisation (radio et télévision), ainsi que la prise en charge des malades à proximité de leurs lieux de résidence. Ils contribuent à la maîtrise du paludisme et d’autres maladies en favorisant la recherche et la diffusion des médicaments essentiels.
OMD 7 : Assurer un environnement durable
Deux cibles principales sont visées ici : la réduction de moitié d’ici à 2015, du pourcentage de la population qui n’a pas accès de façon durable à un approvisionnement en eau potable ; l’amélioration d’ici 2020 de l’habitat des camerounais. Les services énergétiques sont essentiels pour un approvisionnement continu en qualité et en quantité de l’eau potable, par l’usage des pompes électriques. L’un des indicateurs permettant aussi d’assurer un environnement durable est la proportion des aires protégées. En effet, l’utilisation exclusive du bois de feu comme source de cuisson conduit chaque année à la destruction de 100 000 hectares de forêt, ce qui constitue un danger pour l’environnement. En luttant pour leur survie actuelle, les ménages hypothèquent lourdement l’avenir et donnent la priorité à la consommation sur la protection du milieu naturel (GILLIS et al., 1998).
OMD 8 : Mettre en place un partenariat mondial pour le développement
[1]Sommet qui s’est tenu du 26 Août au 4 Septembre 2002.
COVINDASSAMY, A. (2003), ‘‘La pauvreté énergétique en Afrique’’, Washington, Banque Mondiale, 4p, présenté lors de l’Atelier Multisectoriel Energies Modernes et Réduction de la Pauvreté, ENDA-TM, 4-6 Février, Dakar.
GILLIS, M. ; PERKINS, D. H. ; ROEMER, M. et SNODGRASS, D. R. (1998), Economie du développement, 2e édition, traduction de la 4e édition américaine. De Boeck, Nouveaux Horizons.






















